
La technique est parfois vue comme une finalité de la pratique du karaté. Ainsi, nous cherchons à la rendre la plus parfaite possible en nous focalisant sur la forme. Bien sûr, la justesse de la forme a son importance, ne serait-ce parce que celle-ci est le fruit de l’expérience de plusieurs générations de karatékas pour parvenir à un mouvement permettant d’obtenir une certaine efficacité en respectant au mieux l’intégrité physique et en faisant le meilleur usage de la force. Mais une technique, aussi parfaite soit-elle dans sa forme, a-t-elle un intérêt, une valeur, une efficacité, si elle est dépourvue d’âme ? La technique est vivante puisqu’elle est réalisée par une personne qui lui insuffle une intention. La technique devrait toujours être sous-tendue par une intention, faute de quoi elle se retrouverait sans âme et ne serait alors qu’une enveloppe vide.
Le dictionnaire Larousse définit l’intention comme « délibération d’esprit par laquelle on se propose délibérément un but ». Dans Wikipédia l’intention est « l’action de la volonté où l’on fixe le but de l’activité ou la motivation qui conduit à intervenir ». Ces définitions mettent en évidence que l’intention est sous-tendue par un objectif, un projet. L’intention est le résultat de la volonté, de l’idée de faire quelque chose, d’atteindre un résultat : c’est également la volonté de concrétiser une action. La notion de sens de ce que l’on fait est ici centrale.
Un mouvement de karaté sans but, ni objectif ne sert à rien et n’existe pas. La gestuelle est la partie visible de la technique, elle n’est que la partie de l’iceberg qui dépasse de la surface de la mer. Par exemple, un coup de poing est lancé pour atteindre une cible, pour la percuter ou non, pour ne pas être intercepté ni vu. Même dans un cadre de recherche esthétique, une intention de générer une émotion chez le public est présente ; l’intention peut donc aussi être esthétique. Quelle que soit la pensée qui donne naissance au mouvement, il y a une résolution, un projet. L’intention est donc première et le mouvement suit.
Cependant, mettre trop d’intention peut également nuire au résultat chercher. Sans intention il n’y a pas de mouvement, pas de technique. En revanche, trop d’intention peut générer l’inefficacité de celle-ci. Il convient donc de trouver l’intention juste. Nous savons que la motivation doit être élevée chez ceux qui pratiquent un sport à un haut niveau. Néanmoins, il est aussi connu qu’une motivation trop importante peut nuire à la performance du fait que le désir d’atteindre à tout prix un résultat engendre un stress trop important qui conduit souvent à une contre-performance. Bien sûr, une motivation trop faible ne permet pas, non plus, de réaliser une bonne performance. Il convient donc pour un sportif se situer dans la bonne zone de motivation et d’investissement pour un résultat optimal. Il en est de même dans la pratique des arts martiaux où tout est question d’équilibre et de dosage.
La pratique des arts martiaux requiert une forme de vacuité mentale. Les états mentaux recherchés dans la pratique permettent justement de lâcher prise pour laisser agir notre subconscient. En entrant ainsi dans un état de « flow » les décisions sont plus adaptées, plus rapides et les mouvements plus fluides et justes. Nous sommes donc confrontés à deux paradigmes. Dans le premier, il nous faut avoir la résolution d’agir en y mettant énormément de volonté, sans quoi nos gestes ne pourraient pas atteindre les objectifs souhaités. Dans le deuxième paradigme, l’esprit doit s’effacer et laisser place à une forme de néant qui permettrait à une force de jaillir de l’inconscient, donnant ainsi accès à des ressources physiques et mentales insoupçonnées.
En conséquence, si l’on ne met pas d’intention dans notre pratique on n’obtient pas de résultat et si l’on met trop d’intention on n’en n’obtient pas non plus. L’art de la pratique résiderait donc dans le fait de mettre la volonté juste en fonction de ce que l’on veut faire. Il faut cependant ne pas tout mettre au même niveau. La recherche lors d’un entraînement n’est pas spécialement la même que l’attitude souhaitée lors d’un combat extrême dont dépendrait notre vie. L’entraînement doit nous conduire progressivement à développer nos capacités physiques, techniques et mentales pour préparer un éventuel combat ultime. Pour cela il est important d’avoir des objectifs précis et d’y mettre toute sa volonté. Une fois ces étapes maitrisées et franchies, alors on peut se libérer et lâcher prise pour que nos techniques jaillissent avec naturel, sans tension et sans intention. Nous avons donc besoin de l’intention pour construire notre capacité à agir sans intention. Ce cheminement ne peut s’acquérir que par le biais de la pratique en faisant des essais et des erreurs. Ainsi, en explorant notre corps et notre esprit profondément alors nous pourrons trouver un jour l’état juste d’où découle le geste juste.
Areski
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