Livre « Méditations sur la violence »

Que nous pratiquions les arts martiaux ou non, nous avons tous une idée de ce qu’est la violence. Hélas, nous représentations sont souvent basées sur ce que nous avons vu lors de démonstrations ou dans des films. Certains ont fait l’expérience de la violence, d’autre non. Dans tous les cas, rares sont les personnes capables de faire une cartographie de la violence et d’avoir une analyse claire des phénomènes psychologiques, physiologiques, sociaux, mentaux et physiques qui sont en jeux. L’auteur de cet ouvrage « Méditations sur la violence », Rory Miller, nous fait comprendre dés le début qu’il y a plusieurs types de violences et qu’il est extrêmement rare, voire impossible, qu’une personne puisse avoir fait l’expérience de tous les types de violence.

Dans son livre, Rory Miler partage avec nous sa grille d’analyse des situations de violence et nous amène à réfléchir sur notre pratique martiale. A quelles genres de situations celle-ci peut-elle répondre ? Il faut cependant être lucide, aucune discipline ne peut préparer à affronter toutes les situations de violence ou d’agression. D’autre part, la réalité d’une confrontation et l’entraînement au dojo sont des choses différentes. Expérience et technique sont des choses différentes qui se complètent « L’expérience ne remplace pas la technique et la technique ne remplace pas l’expérience ».

L’auteur a longtemps travaillé en milieu carcéral ainsi qu’en tant qu’agent de sécurité dans un casino. Il reconnait ne pas avoir été confronté à toutes les typologies de violence mais il partage son expérience et ses recherches avec humilité et lucidité. Il fait la différence entre le combat rituel qu’il appelle « la danse du singe » et le combat de survit. Il nous aide à analyser des situations et nous apprend à éviter l’escalade de la violence quand cela est possible. Il convient donc de ne pas se laisser happer par les situations et chercher à les éviter : ne pas se trouver sur le lieu de l’agression plutôt que d’avoir à se sauver; se sauver plutôt que d’avoir à désamorcer un conflit; désamorcer un conflit plutôt que d’avoir à se battre; se battre plutôt que de mourir.

Lorsque l’on pratique les arts martiaux, vient souvent s’immiscer la question de l’efficacité et de la pertinence des techniques ainsi que les méthodes d’entraînement. Rory Miller nous donne des pistes de réflexion basées sur son expérience professionnelle mais aussi en tant que professeur de jujitsu. Il ne donne pas de solution miracle. Au contraire, il met bien en garde contre les illusions que l’on peut avoir.

Comme sa femme pratique le karaté et qu’il en a lui-même un peu fait, il donne ses impressions sur cet art martial et ce qu’il peut apporter, selon lui, dans la préparation à la protection personnelle. Il est assez critique concernant l’assaut libre qui ne reflète en rien une situation d’agression inattendue, brutale et à une distance souvent très très proche pour que la victime ne puisse réagir durant le choc émotionnel engendré par la situation. Selon lui, il peut être même préjudiciable de croire qu’un assaut libre soit une modélisation d’un combat pour sauver sa vie lors d’une agression. Pour lui, ce type d’entraînement conditionne le pratiquant à adopter des stratégies et des attitudes mentales handicapantes pour se défendre réellement. En revanche, contre toute attente, il semble porter plus d’intérêt au kata qui selon lui a été conçu pour ce type d’agression. Il prend en exemple le début du kata heian shodan (même s’il ne le nomme pas ainsi) et explique comment lors d’une de ces interventions en prison il a attrapé un détenu par sa capuche et la envoyé violemment se fracasser au sol. Son action correspondait exactement au deuxième et troisième mouvements du kata (oi-tsuki + gedan barai avec rotation arrière). C’est sa femme qui lui fait prendre conscience que ses mouvements étaient conforment au kata heian shodan. D’autre part, il explique également qu’à l’entraînement on ne peut exprimer pleinement sa puissance et sa vitesse que dans les exercices dans le vide (kihon, kata) et éventuellement sur le sac de frappe.

Ce livre n’est pas un manuel de self-défense. Il n’apporte donc pas de technique ou de méthode d’entraînement même si l’auteur en esquisse parfois les contours et attentes. Il invite le lecteur à se poser des questions sur ses propres limites et ses valeurs. Pour quelles valeurs, pour quelles raisons suis-je prêt à mourir ou tout perdre ? Jusqu’où suis-je capable d’aller psychologiquement pour ne pas mourir ? En effet, les blocages psychologiques et le temps de réflexion pourront être fatals en situation d’urgence où se décide la vie ou la mort.

Je recommande donc vivement la lecture de ce livre à tous les pratiquants pour se poser les bonnes questions et arrêter de fantasmer sur l’art martial pratiqué ainsi que sur la violence. Je connais plusieurs pratiquants de karaté ayant complétement arrêté la pratique suite à une agression. Ils n’étaient pas préparés à cette expérience violente qui à mis complètement en question leur pratique du karaté. Leur fantasme de l’efficacité s’était brisé sur l’implacable réalité et les années de pratique s’étaient effondrées comme un château de carte. Je pense que ce livre peut vous aider à ne pas alimenter des fantasmes qui peuvent vous coûter la vie si un jour vous devez la défendre.

Areski OUZROUT

Méditations sur la violence
Auteur : Rory Miller
Editeur : budo éditions

Merci de vous être inscrit à la newsletter de KARATE-FRANCE.COM

Vous pouvez maintenant télécharger le Ebook gratuit en cliquant sur les liens suivants :

Ebook Les 10 clés pour progresser en karaté - version PDF

Ebook Les 10 clés pour progresser en karaté - version FLIPBOOK

Merci pour votre inscription

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *