L’implication : être présent à sa pratique.

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Il arrive parfois que l’on rencontre des pratiquants qui fréquentent le dojo depuis de nombreuses années sans pour autant sembler progresser. À l’inverse, certains karatékas évoluent rapidement, non pas parce qu’ils seraient plus doués que les autres, mais parce qu’ils semblent habiter pleinement leur pratique. Cette différence m’a souvent amené à réfléchir à la notion d’implication.

On peut être assidu sans être impliqué. On peut être présent au cours sans être véritablement présent à ce que l’on fait. Il suffit parfois d’observer un groupe de pratiquants exécutant le même exercice pour constater que chacun ne vit pas la même expérience. Certains répètent mécaniquement les mouvements demandés tandis que d’autres cherchent à comprendre, à ressentir, à explorer. Les gestes sont identiques en apparence, mais l’intention qui les anime est différente.

La qualité de l’attention

L’implication commence peut-être là : dans la qualité de l’attention que l’on accorde à ce que l’on fait.

Lorsque nous débutons le karaté, nous sommes souvent préoccupés par les résultats. Nous voulons apprendre rapidement, obtenir une nouvelle ceinture, réussir un examen ou être plus performants en combat. Ces objectifs sont légitimes. Pourtant, à mesure que l’on avance sur la voie, on découvre que le véritable progrès ne dépend pas seulement du temps passé à pratiquer, mais de la manière dont on pratique.

Deux personnes peuvent suivre exactement le même enseignement pendant plusieurs années et obtenir des résultats très différents. La différence ne réside pas toujours dans leurs capacités physiques. Elle réside souvent dans leur degré d’implication. L’une exécute les exercices parce qu’ils lui sont demandés. L’autre cherche à comprendre ce qu’ils contiennent. L’une reproduit une technique. L’autre essaie d’en saisir le sens.

L’engagement intérieur

L’implication suppose une forme d’engagement intérieur. Elle consiste à ne pas rester spectateur de sa propre pratique. Le karaté ne se réduit pas à l’accumulation de techniques. Chaque entraînement est une occasion de s’observer, de mieux se connaître, de découvrir ses habitudes et ses résistances. Celui qui s’implique réellement dans sa pratique finit par comprendre que son principal matériau de travail n’est pas son partenaire mais lui-même.

Cette implication demande parfois du courage. Il est plus facile de répéter ce que l’on sait déjà faire que de se confronter à ses lacunes. Il est plus confortable de rester dans ses habitudes que d’accepter de les remettre en question. Pourtant, c’est précisément dans ces moments d’inconfort que se produisent souvent les progrès les plus significatifs.

La sincérité

Je me souviens avoir entendu un enseignant expliquer qu’il ne demandait pas à ses élèves d’être parfaits mais d’être sincères. Cette remarque m’avait marqué. La sincérité dans la pratique consiste à faire honnêtement ce que l’on est capable de faire aujourd’hui, sans chercher à paraître meilleur ou plus avancé que l’on est réellement. Elle implique d’accepter ses erreurs et de les considérer non comme des échecs mais comme des informations précieuses.

Être impliqué, c’est également poursuivre la pratique au-delà du temps passé au dojo. Les heures d’entraînement sont importantes, mais elles ne représentent qu’une petite partie de notre existence. Celui qui réfléchit à ce qu’il a appris, qui observe comment les principes du karaté s’expriment dans sa vie quotidienne, qui cherche à établir des liens entre sa pratique et son comportement, prolonge son entraînement bien au-delà des murs du dojo.

La qualité de la présence

Avec le temps, j’ai acquis la conviction que la progression dépend moins de la quantité de pratique que de la qualité de la présence que l’on y met. Deux heures d’entraînement vécues avec attention, curiosité et implication peuvent parfois apporter davantage que des semaines de pratique routinière.

L’implication n’est pas quelque chose que l’on obtient une fois pour toutes. Comme la motivation, elle fluctue. Certains jours, l’esprit est disponible et l’on progresse naturellement. D’autres fois, la fatigue, les préoccupations ou les difficultés de la vie occupent toute la place. L’important est peut-être de revenir sans cesse à cette question : suis-je réellement présent à ce que je fais ?

Le karaté, voie de transformation

Le karaté est souvent présenté comme une voie. Une voie ne se mesure pas uniquement à la distance parcourue mais à la manière dont on avance. L’implication est ce qui transforme une simple activité sportive en démarche de progression personnelle. Elle est ce qui permet à la pratique de devenir un moyen de se construire plutôt qu’une simple occupation.

Au fond, l’implication n’est rien d’autre qu’un choix renouvelé à chaque entraînement : celui d’être pleinement présent, d’accepter d’apprendre et de se laisser transformer par ce que la pratique a à nous enseigner.

Areski 

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