
Parmi les parents qui amènent leurs enfants aux karaté, nombreux sont ceux qui exigent d’eux qu’ils aillent au bout la saison sportive, voire même qu’ils pratiquent pendant plusieurs années, jusqu’à l’obtention d’un grade comme la ceinture noire par exemple. Ils cherchent probablement à donner à leur enfant le sens de l’engagement.
Pour ma part, quand j’ai commencé le karaté, je savais que j’empruntais une trajectoire qui allait durer. Je me souviens d’une ceinture noire qui à cette époque m’avait dit « on verra si dans deux ans tu es encore là ! ». Deux ans après j’étais là, mais lui avait abandonné… Depuis, j’ai continué à rester fidèle à cet engagement sur la voie du karaté et sur ce chemin je me suis construit.
La notion d’engagement fait référence à l’idée de contrat, de promesse, de combat. S’engager signifie entrer dans un passage étroit. Il peut aussi revêtir l’idée d’une prise de conscience, le fait de passer de l’état de spectateur à celui d’acteur, sens que l’on retrouve dans l’engagement politique par exemple. Le sens que prend le terme « engagement » est différent selon les périodes historiques et le contexte dans lequel on l’utilise. L’engagement peut être politique, professionnel, sportif, marital … S’engager c’est s’inscrire dans une perspective, un projet. Puisque s’engager s’est emprunter une voie étroite, l’acte d’engagement implique effort, courage et volonté. En s’engageant, on donne du sens à la voie que l’on choisit. Celle-ci devient une ligne directrice qui est à la fois une contrainte constructive et une force. Pour ma part, mon engagement dans la pratique du karaté a donné une cohérence à mes actions et à mes choix, il m’a aussi apporté une stabilité.
Je connais une pratiquante, aujourd’hui 4ème dan. Cette femme pratiquait alors l’aikido quand elle décida d’essayer le karaté. Elle s’était donné un laps de temps d’une année pour se faire un avis avant de décider si elle continuerait ou non. Aujourd’hui, les gens succombent facilement au dictat de la vitesse, du tout tout de suite. Ainsi, on se fait une opinion sur tout en un rien de temps, on essaie un cours de karaté et on porte un jugement. Tout le contraire de cette pratiquante qui savait, certainement parce qu’elle était déjà gradée en aikido, qu’il est nécessaire de se donner du temps pour avoir une vision globale et éclairée sur une discipline. Elle s’était donc engagée à pratiquer pendant un an. L’engagement renvoi donc inévitablement à la notion de temps, il s’inscrit dans une durée, limitée ou non, à court, moyen ou long terme.
Cette pratiquante, en se faisant la promesse de pratiquer pendant un an, se donnait un garde fou contre la fuite, pour éviter d’abandonner dès les premières difficultés. S’engager c’est déjà une bataille avec soi-même, un défi que l’on se donne. Mais s’engager c’est aussi un choix que l’on doit faire en conscience et ce choix implique que l’on délaissera peut-être d’autres centres d’intérêt. Ce choix s’inscrit dans la construction d’un projet de vie, de carrière de pratiquant. C’est un engagement prit avec soi-même.
Le karaté est une discipline qui aide à évoluer, à se construire, physiquement mais aussi mentalement, psychologiquement et humainement. Pour que le processus de transformation soit efficace, pour qu’il porte ses fruits, le temps est nécessaire. Il est, me semble-t-il, important de se donner du temps et ne pas succomber à l’envie d’obtenir des effets immédiats, ce qui va à l’encontre de la tendance de notre société de consommation où tout doit être immédiat. C’est en ce sens que que l’engagement sur un certain terme est nécessaire et fait partie du processus de transformation.
Si l’idée développée ci-dessus concerne l’engagement sur une durée plus ou moins longue, à l’opposé on retrouve en karaté l’idée d’engagement dans la brièveté, dans l’action. L’engagement peut aussi se manifester, dans un temps très bref, au moment de prendre une décision. En karaté, être capable de s’engager dans un combat, dans une action technique, est primordial. Il faut être en mesure d’apporter une réponse immédiate à une attaque par exemple.
L’opposé de la notion d’engagement est l’indécision. Être indécis, c’est la pire chose qui puisse arriver à un karatéka lors d’un combat. La détermination est nécessaire pour s’engager dans l’action. Cette capacité à entrer instantanément dans l’action s’éduque. Elle passe par le développement de la confiance en ses capacités d’action et de réaction, par la confiance en soi. Plus l’on sera mis en situation de réussite, plus la confiance en soi se renforcera et dans ce cercle vertueux, après des petits pas, on arrive à en faire des grands, et réaliser des progrès qui peuvent être exponentiels.
L’engagement c’est un acte de sincérité, une forme de don de soi. Pour qu’il soit utile, il est nécessaire de se donner les moyens de réussir et d’atteindre les objectifs que l’on se fixe. L’engagement à moyen ou long terme nous donne une forme de stabilité dans une société où tout va vite et où la satisfaction doit être immédiate. S’inscrire dans un pacte avec soi-même dans la durée permet à des processus de transformation de se mettre en œuvre et de goûter au plaisir d’évoluer sur différents plans. Si une prise de décision sur le long terme se réfléchi, en revanche l’engagement nécessaire dans l’action est instantané et fait appel à d’autres ressorts. Mais que ce soit sur le long terme ou dans l’instant, il s’agit de prendre une décision qui peut changer une vie. Dans le premier cas l’engagement permet de construire un édifice qui permet de se réaliser en fonction de nos aspirations. Dans le deuxième cas, l’engagement conduit dans l’action juste au moment juste qui peut déterminer l’issue d’un combat de survie ou d’une situation de survie.
Areski
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