
Le karaté comprend de nombreuses techniques permettant de combattre à toutes les distances, longue, moyenne, courte et corps à corps. Bien que l’éventail des possibilités tactiques et techniques soit large, certains pratiquants ont tendance à limiter leur pratique. Les raisons d’une telle limitation sont dues à différents facteurs parmi lesquelles ont peut trouver l’influence de la compétition et des passages de grades, un déficit d’analyse de la pratique ou des connaissances partielles de la discipline.
Le but de cet article n’est pas d’analyser pourquoi certains pratiquants de karaté n’explorent pas toujours toutes les distances de combat mais plutôt d’aborder l’importance de développer les techniques de courte distance comme les coups de coudes et de genoux.Quand on aborde la pratique du karaté sous l’angle de la self-défense, on s’intéresse de facto au travail de moyenne et courte distance, ainsi qu’aux techniques de corps à corps. On se rend alors compte que certaines techniques de longue distance sont inutilisables et que la façon d’envisager les tactiques de combat sont différentes. Dans le travail de courte distance, voire de corps à corps, les techniques de coude et de genou sont intéressants. Elles permettent de frapper l’adversaire avec force dans des zones sensibles et n’exigent pas une préparation spécifique pour être utilisables efficacement. Effectivement, les coudes et les genoux ne nécessitent de renforcement ni un alignement particulier. D’autre part, ces techniques font très mal et permettent à un petit gabarit de terrasser un plus grand. Pour illustrer cela, voici une histoire vraie dont j’ai été témoin il y a de longues années déjà. Ce fut pour moi une grande leçon dans le domaine du combat.
Durant l’été j’avais pour habitude d’aller régulièrement à la piscine. Un jour un maître nageur bodybuildé, mesurant environ 1m80 et pesant probablement dans les 90kg de muscles faisait la police dans le bassin. En effet, des enfants faisaient n’importe quoi et courraient partout. Le maître nageur s’en prit à un petit garçon d’environ 9/10 ans, donc de petite taille. Il l’attrapa par le bras pour l’arrêter et le réprimander. L’enfant n’a alors pas cherché à fuir, il ne semblait pas non plus émotionnellement perturbé par la colère et la stature du maître-nageur. Le petit garçon se tenait impassible et calme devant la montagne de muscles qui le toisait et lui vociférait dessus. Puis tout d’un coup un silence se rependit dans la piscine. Le colosse tombât de toute sa hauteur sur les genoux avant de s’écraser face contre sol en se recroquevillant sur lui-même, les mains croisées et portées à son entrejambes. Il semblait souffrir d’une douleur si intense qu’on n’entendit même pas le son de sa voix et qu’il perdit connaissance. Le garçon, quant à lui, venait de s’enfuir. Quelques minutes plus tard, les pompiers sont venus emmener le maître-nageur aux urgences.
Pour ma part j’avais observé la scène depuis le début et j’avais effectivement été impressionné par le calme de l’enfant dans cette situation, c’est probablement ce qui m’avait incité à être spectateur de cet événement. L’enfant ne semblait pas avoir peur de l’adulte, même si celui-ci ressemblait à Hercule. La piscine se trouvait dans un quartier de la banlieue parisienne où, probablement, cet enfant était quotidiennement exposé à des violences et avait appris à se défendre sur le tas. Quand le maître nageur s’est approché de lui sans imaginer un seul instant que l’enfant ferait quelque chose pour se défendre, il lui asséna un coup de genou dans les parties génitales puis détala.
Cette histoire montre comment un coup de genou peut être létal et que son utilisation permet de se défendre même s’il y a un énorme différentiel de force et de taille entra l’assaillant et la victime. Le maître nageur s’est également approché trop près de l’enfant car il se croyait supérieur et n’avait pas envisagé une telle réaction de sa part. L’effet de surprise en self-défense est donc un élément important à cultiver, c’est pourquoi il est préférable de montrer le plus tard possible que vous êtes un adepte du karaté. Un autre enseignement de cette histoire est que parfois il peut être intéressant de laisser l’agresseur s’approcher, voir nous saisir. Si vous savez quoi faire dans ces circonstances, vous pouvez réellement surprendre l’adversaire car à cette distance vos coups sont moins visibles et pratiquement imparables.
Les techniques de coude et de genou, tout comme les coups de tête, font partie de l’arsenal utilisable à courte distance. On trouve ces techniques dans les katas et on peut donc s’y entraîner quand on les analyses et les mets en application durant le travail des bunkai par exemple. Si vous vous entraînez régulièrement à utiliser ces techniques, vous pourrez les employer le jour où vous en aurez besoin lors d’une agression éventuelle. Vous les utiliserez aussi en assaut libre au club. Ainsi, au lieu de reprendre votre distance pour pouvoir lancer coups de poings et de pieds, vous chercherez à réduire la distance pour utiliser vos coudes et vos genoux, la continuité de votre combat sera ainsi plus logique et réaliste.
Areski
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